AGROFORESTERIE
  CÔTE D'IVOIRE
LES MANGUES
Présentation
La production de mangue est née de la diversification agricole imposée par la chute brutale des cours des matières premières agricoles dans les années 1980. La mangue occupe désormais une place de choix dans l’économie des populations vivant dans le Nord de la Côte d’Ivoire. Ce fruit, dont la consommation était autrefois essentiellement locale, constitue une source significative de devises depuis qu’il est massivement exporté. Le manguier, de son nom scientifique Manguifera indica, est un arbuste appartenant à la même famille botanique que l’anacardier, c’est-à-dire celle des anacardiacées. Il est originaire de l’Inde et de la Birmanie. Introduit par les colonisateurs au 20ème siècle, cet arbre fruitier est rapidement adopté par les populations ivoiriennes et sa culture devient traditionnelle, en raison de sa taille imposante qui lui vaut souvent d’être utilisé comme arbre à palabre. Son adoption comme culture de rente en Côte d’Ivoire remonte à 1980. A cette époque, la Côte d’Ivoire frappée de plein fouet par la crise économique mondiale suscitée la hausse des cours du pétrole et la chute brutale des cours des matières premières agricole, cherche à diversifier son économie devenue trop dépendante du binôme café-cacao. La mangue doit son avènement au Projet de Promotion et de Diversification des Exportations Agricoles (PPDEA) qui fut lancé cette même année. Parties de rien, les exportations ivoiriennes de mangues passent à 6000 tonnes en 1996, puis à plus de 10.000 tonnes en 2001. Aujourd’hui les quantités exportées se sont stabilisées à environ 11.000 tonnes essentiellement vers l’Union Européenne.

Dynamisme du secteur
La Côte occupe derrière le Brésil et le Pérou, la troisième place des plus gros exportateurs de mangues vers l’Union Européenne. La mangue constitue la troisième production fruitière de la Côte d’ivoire et procurait environ 7 milliards de francs CFA de revenus par trimestres aux populations du Nord avant la crise politico-militaire de 2000. Le verger national, évalué à 46.000 hectares, est surtout concentré dans la zone Nord du pays, notamment à Ferkessédougou, Sinématiali et Korhogo. Les rendements très faibles (3 à 7 tonnes par hectares) s’expliquent en partie par le fait que la filière ne bénéficie d’aucun encadrement technique depuis l’effondrement de la Société nationale pour le Développement de la culture des Fruits et Légumes (SODEFEL).


Variété produite
On trouve dans le pays environ une trentaine de variétés, au nombre desquelles on distingue des variétés traditionnelles et des variétés greffées. Les premières sont généralement consommées sur leur lieu de production et sont l’objet d’un commerce plutôt marginal. Les secondes sont surtout destinées à l’exportation, mais une partie est commercialisée dans les grands centres urbains. La variété Amélie représente 80% de la production. Elle est suivie par les variétés Kent, Keitt, Palmer et Smith. Ces dernières années les producteurs s’orientent plutôt vers les variétés Kent et Keitt, qui sont mieux valorisées à l’exportation et qui sont également appréciées par les consommateurs locaux.

Les mangues locales ou polyembryonnées :
> Mangot Nunkourouni, ou Tête de Chat
Le mangot Nunkourouni, à fibres et polyembryonné, est répandu dans toute l’Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Dans chaque site, il porte un nom différent qui peut être lié à l’origine de son introduction (Sierra Leone au Sénégal, mangot allemand dans certaines zones du Cameroun), à la zone où il est cultivé (mangue de N’gaoundéré, dans l’Adamaoua au Cameroun) ou à la forme du fruit.
> Mangot Dadiani, ou Bouche Longue
Tout comme le manguier à mangots Nunkourouni, la variété polyembryonnée qui produit le mangot Dadiani est connue sous différentes appellations. L’arbre a un port moins érigé que les manguiers précédents. L’inflorescence est jaune blanchâtre. Le fruit est petit, de (150 à 250) g. Sa peau est vert clair à jaune avec des marbrures roses à rouges à maturité.
> Mangotine (fumani)
Mangots fibreux à petit fruits de (80 à 100) g et très parfumés.
> Mangot vert
Mangots introduits des Antilles à la station de Foulaya (Guinée)
> Mangot Séwal (au sénégal)
Petit mangot abondantes au Sénégal.
> La mangue du Cameroun
La mangue du Cameroun nécessite une présentation particulière. Introduite au départ dans la région de Douala (Cameroun), cette variété polyembryonnée a été propagée par semis le long du littoral avant d’être largement diffusée vers l’intérieur du pays, à Yaoundé, en zone forestière, puis vers le nord et les pays voisins. Elle est connue sous différents noms dont « Mangue du Littoral », dans la partie francophone, et « Number One », en zone anglophone, sont les plus connus. À l’extérieur du Cameroun, elle est appelée Mangue du Cameroun ou Améliorée du Cameroun.

Les premières variétés Monoembryonnées propagées par greffage :
> Amelie
La variété Amélie, dont on ne connaît pas réellement l’origine, fut introduite des Antilles à la mission catholique de Kita. Est-ce la même variété que la Reine-Amélie dont parle Sébire dans la collection de Thiès [9] ? Elle est actuellement largement répandue dans toutes les zones de savanes sèches au nord du 9° de latitude N, même si elle se trouve parfois en mélange dans des vergers situés plus au sud, au Togo, par exemple.
> Julie
La variété Julie d’Afrique de l’Ouest est différente de celle des Antilles françaises, mais elle est proche de la variété Sabot. Le port de l’arbre ressemble à celui d’Amélie, mais les feuilles sont ondulées. Le fruit est plat, de forme carrée ou ovale chez Julie. La couleur de l’épiderme varie du vert au marron à maturité avec parfois des taches rouges. La chair, très fragile, d’une couleur jaune foncée à orange, possède un goût musqué très prononcé apprécié des consommateurs locaux, qui ont donné à Julie le nom de Muscat.
> Sabot
Le fruit est en forme de sabot chez… Sabot.
> Djibelor
En Casamance, dans le sud du Sénégal, la mangue de Djibelor également appelée pêche est excellente et sans fibres. Elle est proche d’une variété indienne appelée Paheri (synonymes : Peter Passand, Alphonse Paheri, Païri).
> Cuisse Madame
Cuisse Madame entrait dans la composition d’un verger établi près de Siguiri, en Haute- Guinée, en 1931. Elle produit un gros fruit à épiderme vert. Sa diffusion se limite à la Haute-Guinée.

Les variétés Floridiennes utilisées pour l'exportation :
> Kent
La variété Kent, d’origine floridienne, a été introduite à la station de Foulaya, en Guinée, par Py en 1949. Depuis une dizaine d’années, elle supplante la variété Amélie en tant que principale variété d’exportation d’Afrique de l’Ouest. Certaines caractéristiques des fruits sont fortement influencées par les types de sol. Sur la station du CNRA de Lataha, près de Korhogo, d’une superficie de 40 ha, certaines parcelles peuvent fructifier près d’un mois après les autres.
> Keitt
La variété Keitt a été introduite, comme Kent, par Py à Foulaya, en 1949. Elle est la plus tardive des variétés d’exportation. Bien que certains vergers produisent à partir de la mi-avril près de Korhogo, sa période de récolte s’étale de fin avril à début juin dans le nord de la Côte d’Ivoire. À Sikasso (Mali) et dans l’ouest du Burkina-Faso (Orodara, Banfora), elle produit en mai–juin, et jusqu’en juillet et parfois août. À Bamako (Mali), la récolte s’étale de juin à août et le Sénégal en exporte jusqu’à septembre–octobre.
> Palmer
L’introduction de la variété Palmer en Afrique de l’Ouest est identique à celle des variétés précédentes. C’est une variété semi-tardive à tardive selon le lieu. Elle produit plutôt après Kent : en mai et début juin au sud de la zone d’exportation, et de mai à juillet, au nord, dans la région de Bamako. Les arbres sont productifs. C’est l’une des variétés les plus colorées. À l’exception des fruits enfouis à l’intérieur de la frondaison, plus de la moitié du fruit est colorée d’un pourpre sombre. Le reste est vert à la récolte et devient jaune à maturité.
> Zill
Après avoir été très appréciée à une certaine époque, la variété Zill est peu recherchée actuellement malgré sa très belle coloration à maturité. Elle souffre de défauts majeurs, en particulier son évolution très rapide à l’approche de la maturité entraîne une très courte durée de vie commerciale. Souvent peu productive, elle fournit dans l’ensemble des fruits de petit calibre. Son intérêt est de parvenir à maturité quelques jours avant Kent, ce qui permet d’exporter quelques fruits rouges en période de commercialisation d’Amélie.
> Valencia
La variété Valencia, qui était assez utilisée lors des exportations par avion, a été complètement abandonnée en Côte d’Ivoire avec le développement des exportations par bateau, en raison de sa mauvaise tenue au transport. Elle a, en revanche, été redécouverte par les exportateurs de Bamako expédiant par avion, qui apprécient sa belle coloration. L’arbre a un fort développement végétatif, mais il n’est pas en rapport avec son volume de production. À Bamako, la variété Valencia produit avant Kent.
> Smith
La variété Smith produisant en saison ou semi-tardive a d’assez bon rendements. Elle est très sensible aux conditions de milieu, tant pour les qualités internes qu’externes. Elle montre souvent des problèmes physiologiques, tels que la surmaturité précoce de la partie apicale ou le développement de racines dans la pulpe. La coloration rouge est importante, mais elle varie d’un vermillon éclatant à un rouge vineux terne. Le calibre peut être satisfaisant (7 à 9) ou trop gros avec une majorité de fruits hors normes. C’est dans la zone de Yagoua, au nord du Cameroun, que l’on peut voir les plus beaux spécimens de cette variété : production abondante, fruits de calibre moyen, belle couleur, chair ferme, etc. Comme la variété Smith produit en même temps que Kent dans la zone actuelle d’exportation, elle ne présente plus grand intérêt.
> Irwin
Pourvue d’une très belle coloration, la variété Irwin a une forme variable selon les zones de production. Dans la région de Kindia, en Guinée, son fruit a une forme générale ovale alors que, dans le nord de la Côte d’Ivoire, elle prend l’aspect d’un « S » avec de nombreuses malformations (bosses, excroissances digitées, etc.). Ces anomalies ne sont pas d’origine clonale puisque des greffons prélevés sur des arbres de Kindia qui donnaient de beaux fruits ont reproduit les mêmes anomalies à Korhogo. Longtemps principale variété d’exportation de la Guinée-Maritime, le cultivar Irwin a été abandonné, au profit de Keitt, par les exportateurs guinéens qui estiment qu’Irwin mûrit trop rapidement pour le transport par bateau.
> Haden
La variété Haden a des fruits colorés en jaune, vert et rouge vif à maturité, ce qui en fait la plus belle des variétés d’exportation. Leur chair est sucrée et bonne, malgré la présence de petites fibres. Selon les conditions de milieu, leur taille est moyenne à petite. La production de l’arbre est faible à moyenne selon le sol et les ressources en eau. Ce cultivar, qui aurait pu être largement diffusé, est peu répandu, sans doute pour des raisons historiques — il ne figurait pas dans les premières collections — mais aussi du fait de sa modeste productivité en conditions difficiles et de quelques problèmes physiologiques. Les rares arbres en production sont difficilement utilisés car les exportateurs ne disposent pas de suffisamment de fruits en même temps pour pouvoir confectionner des palettes complètes des différents calibres. De ce fait, les planteurs ne sont pas encouragés à planter davantage. Seuls quelques envois par avion sont réalisés.

Les variétés Floridiennes utilisées pour les marchés nationaux et régionaux :
> Brooks
La variété Brooks à épiderme vert, blanchâtre ou jaune à maturité est souvent appelée « Retard » en raison de sa production tardive, de juin à octobre en Côte d’Ivoire. La productivité de l’arbre est très élevée et régulière d’une année à l’autre. Les fruits ont une chair ferme, sans désordres physiologiques, appréciée des consommateurs locaux. Elle est en revanche très sensible aux piqûres de mouches des fruits. Le calibre est régulier avec une majorité de fruits entre (350 et 450) g, ce qui en fait de bons fruits portions. Il ne lui manque que la couleur pour être une excellente variété d’exportation !
> Davis-Haden
Le cultivar Davis-Haden est appelé Kent Rouge au Mali en raison de la belle coloration de l’épiderme. Les fruits ont un poids moyen variant de (500 à 1 200) g et ils peuvent dépasser 1 500 g. Sur de tels fruits la maturité de la chair est très irrégulière. La récolte généralement effectuée à partir de juillet est tardive et les fruits sont très sensibles aux piqûres de mouches et aux maladies fongiques, ce qui entraîne beaucoup de pertes. La taille des fruits et leur sensibilité aux maladies et ennemis rendent difficile l’utilisation de cette variété à l’exportation intercontinentale.
> Miami late
La variété Miami Late a une forme rappelant celle de Kent avec toutefois une proportion de surface rouge moins développée. Au Mali, elle est appelée « Souroukou Koun » (Tête de hyène). Les lenticelles sont apparentes et, quand elle est mûre, elle ne présente pas la couleur éclatante de Kent. Les fruits ont une taille régulière et pèsent généralement de (400 à 600) g bien que quelques fruits puissent être exceptionnellement gros (plus de 1 kg). La période de production est variable selon les conditions de milieu, mais globalement elle est semitardive à tardive. La production est abondante et régulière. C’est, avec Brooks, l’une des variétés les plus productives, mais c’est aussi l’une des plus sensibles aux piqûres de mouches. Dans les zones humides, elle est attaquée par l’anthracnose. Sa tenue en conservation n’est pas très bonne.
> Springfels
Springfels est, avec Davis-Haden, le cultivar qui produit les plus gros fruits, ce qui lui a valu le surnom de Papaye, donné par comparaison avec les papayes locales à gros fruits et non par rapport à la variété de papaye Solo. L’épiderme est jaune et rouge terne à maturité. La pulpe contenant de grosses fibres longitudinales, assez douce, est appréciée localement. La production est semi-tardive et peu abondante en général.
> Beverly et glazier
Ces deux variétés, introduites originellement à Foulaya comme toutes les mangues floridiennes, étaient disposées côte à côte dans la collection implantée sur la station de recherche guinéenne et leurs fruits se ressemblent, ce qui a pu provoquer des confusions par la suite. Si au Mali ou en Guinée ces cultivars sont bien distingués, il n’en est pas de même en Côte d’Ivoire, où la variété connue sous le nom de Beverly est en réalité Glazier, beaucoup moins bonne que la première. Glazier a des taches rouges sur les parties exposées au soleil alors que Beverly est plus claire, voire blanche dans certaines conditions. Les fruits sont moyens à gros, peu attrayants à maturité, sensibles aux piqûres de mouches et semi-tardifs.
> Eldon
La variété Eldon produit abondamment en saison des fruits jaunes avec une coloration cuivrée plutôt discrète. Le calibre est satisfaisant, de (300 à 450) g, et le goût peu prononcé. Ce cultivar à fruits moyens dans tous les domaines ne présente aucune qualité qui pourrait le distinguer et justifierait des plantations importantes pour le marché local ou l’exportation. Son principal défaut réside dans la sécrétion d’une sève abondante et brûlante qui cause des dégâts au contact de l’épiderme.
> Ruby
Surnommée « Mademoiselle » dans le nord de la Côte d’Ivoire, la variété Ruby est recherchée par les consommateurs qui apprécient son goût acidulé et parfumé. L’épiderme est fortement coloré en rouge, mais les fruits sont tout petits et pèsent généralement moins de 150 g. Ces mangues sont saines et peu attaquées par les mouches. Même lorsqu’elles sont nombreuses sur l’arbre, le poids récolté reste modeste en raison de la faible taille des fruits. Les producteurs conservent quelques arbres pour l’autoconsommation ou la vente locale.


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© 2017 agroforesterie.ciDernière mise à jour : Vendredi 24 Juillet 2020